
Vu la nuit passée, le réveil difficile. Il fallait que je prenne encore sur moi et que j'avance malgré tout. Je n'avais aucune motivation sauf qu'il fallait que je mette les bouchées doubles pour pouvoir être à la hauteur de ce qui m'attendait dans la journée.
Quand j'ai regardé la météo, j'étais plutôt contente : elle était en ma faveur ! Cela aurait été très complexe et insupportable de me savoir autant dévêtue auprès de ma hiérarchie.
Surtout que je ne me rendais pas directement au travail après avoir emmener mon fils à l'école.
Pour me remonter le moral et avoir du soutien indirect afin d'oublier ma douleur, j'ai proposé à ma Maman de faire le chemin ensemble vu que je sais qu'elle se rend à sa formation.
Forcément, Maman m'a un peu saoulé en me racontant ses journées qui ne sont autres que des cours classiques : vu ce qu'elle me dit c'est une révision entre la classe de la 6è jusqu'aux classes du lycée. Elle se plaint car elle a peur de ne pas réussir. Franchement, je me demande ce que Maman fait dans une telle formation qui hormis les lettres de motivation et les démarches de recherches d'emploi, le reste ne lui servira à rien selon moi mais pour éviter de la décourager je préfère continuer à la soutenir et ne rien lui dire. Maman est trop influençable pour ça.
C'est vrai que par moment, j'aimerais tant être à sa place : j'ai toujours bien aimé l'école.
Une fois avoir emmener mon fils et être restée un peu avec Maman, je me suis rendue à la Poste. J'ai récupéré qu'un seul colis sur deux sachant qu'il y en avait un à Maître et que c'est toujours le même souci.
Me restant du temps, j'en ai profité pour aller me poser un peu au café habituel. Avoir les bras chargés ne m'arrangeait pas du tout, surtout vu les circonstances actuelles me concernant mais bon il faut bien que j'y fasse face.
Sur le trajet, le fait d'être chargée en plus d'être dans un manque de confort pour me déplacer, j'en suis arrivée à en avoir les larmes aux yeux mais je devais continuer à avancer. Je savais qu'il fallait que je continue ma comédie au travail... et ça serait encore moins facile car je ne pourrais aller aux sanitaires autant que je le voudrais...
La matinée passait assez vite. Ma superviseur était de retour après être en congés la veille. Elle était non loin de moi et j'ai très bien remarqué qu'elle avait le casque sur la tête, cela signifie qu'elle faisait des écoutes. Evidemment que j'étais encore plus vigilante qu'à l'habitude. Je m'amusais même faire ce qui nous a été demandé : "faire les hôtesses de l'air" ce que je nomme de "faire la pétasse". Je le pris plus comme un jeu et l'empathie était plus présente donc je gagnais en directivité.
C'est passé plus vite aussi car je savais que je devais m'absente le temps de la pause déjeuner, que j'allais pouvoir sortir du site, loin de cette ambiance morbide et de manque de maturité.
A l'heure prévue, mes collègues et moi avons stoppé la production et avec l'expert, nous nous sommes rendus au restaurant où nous avons pris la voiture de ma collègue.
Nous nous sommes installés tranquillement et nous avons commencer à dialoguer tranquillement en choisissant sur la carte le menu que nous préférions. Ne voulant pas trop abuser le budget du compte CHSCT, j'ai pris un plat que je connaissais et que j'étais sûre de manger. Par rapport à ma situation, le point positif était que j'avais un peu d'appétit. Cela me rassura et me redonna confiance en moi.
Comme je fais à l'habitude, j'ai laissé les filles commencer la discussion avec l'expert, j'écoutais et je commentais par moment mais sans plus. En revanche dès qu'il s'agissait d'un point où je pouvais intervenir directement je n'hésitais pas mais contrairement aux filles, j'évitais de prendre les choses à coeur et parlait avec pas mal de recul (comme Maître me l'a appris) ce qui me permettait de bien détailler les faits sans y mêler trop d'affinité personnel.
L'expert à très bien vu que les filles se battent depuis des années pour les choses évoluent dans le bon sens, que l'on soit respecté en tant qu'employé. Comme j'ai pu le rappeler au cours de ce repas, j'ai repris une citation du directeur général de l'an dernier quand il nous a mis en pleine tête qu'il ne fallait pas qu'on oublie que si nous avions notre poste c'était grâce au siège et au rachat de l'entreprise et de mon côté j'ai rajouté que c'était peut-être le cas et qu'on ne l'oublie pas bien évidemment mais qu'en contrepartie, il ne faut pas oublie qu'une direction n'est rien sans ses petits employés, que sans nous, la boîte ne fonctionnerait pas. C'est vrai que c'est une société qui a plusieurs sites mais que nous sommes les seules à avoir la particularité de faire de la réception et de l'émission et être efficace rapidement dans l'ensemble (ce qui a sauvé le site d'ailleurs). L'expert était surpris et prenait des notes petit à petit.
Il a fini par nous dire que même s'il n'avait pas fini son expertise, avec notre conversation et les entretiens rencontrés au cours de ces derniers jours, il est évident qu'il y a un manque de considération de la part de la direction qui crée une forte tension et qu'elle ne cesse de nous mettre la pression alors qu'elle n'est même pas capable de pouvoir corriger ses erreurs pour mieux se relever et faire des faiblesses une force... Après on sait très bien que c'est plus facile à dire qu'à faire mais au moins faire l'effort d'essayer. Il a souligné qu'il y avait aussi beaucoup de tension sur le plateau en lui même et pas seulement pour des problèmes d'affinité : cela revient à un grand manque d'organisation et de gestion. Cela nous a rassuré : nous n'avons pas halluciné et nous n'exagérions rien !
L'après-midi fut aussi calme que le matin. Il y a même un moment, plongé dans ma gestion de mails (c'est ma semaine), je m'inquiétais de mon temps d'attente. J'ai soupçonné un problème technique sur la ligne téléphonique (ce qui nous ait déjà arrivé) mais personne de la direction était présente pour en faire la vérification et nous n'avions, de notre côté aucune possibilité de quitter notre phone... Il a fallu continuer à patienter. Heureusement, aucun problème est survenu : c'est juste une grosse baisse de productivité.
Franchement cette baisse est présente maintenant depuis trop longtemps à mon goût. Je n'aime pas ça du tout et ça commence à m'inquiéter un peu. Mais je comprends tout à fait la raison en tout : les gens en ont marre d'appeler de ne pas pouvoir avoir la réponse exacte et logique et de ne pas pouvoir avoir la personne qui a traité le dossier ou une réponse concrète et franche. Je l'ai comprend très bien mais c'est ainsi...
Avant de rentrer, je me suis arrêter à la pharmacie. Je ne pouvais plus repousser : le gel douche atténue la douleur mais ne la calme et ne la cicatrise pas pour autant. Pour que ça se rétablisse, il faut que ça cicatrise. J'ai donc pris la pommade que Maître m'a demandé. En revanche, il n'y en avait plus donc la pharmacienne m'a redirigé vers une autre similaire mais plus forte et aussi plus polyvalente. Elle ne le savait pas mais ça correspond tout à fait à ce dont j'avais besoin. Avec un grand soupir, je me suis lancée à respecter mes décisions et à me renseigner sur l'utilisation de patchs pour tenter d'arrêter de fumer. Y'a pas de raison, j'ai réussi à vivre sans tabac, j'ai réussi à commencer, j'arriverais à m'arrêter. Il faut juste beaucoup de volonté et de motivation.
Même si parfois les jours peuvent me paraîtrent longs, le temps passe vite et le moment où Maître reviendra de son déplacement approche à grand pas pour autant.
En rentrant, je me sentais comme vide tout en ayant les douleurs toujours présentes. Cela a été difficile moralement et physiquement de faire semblant de rien, comme si de rien n'était et de garder le sourire, de tout cacher.
J'ai repensé à une phrase que mon amie m'a dite aujourd'hui, soudainement. Lors de notre conversation, en attendant que les appels montent, elle m'a avoué que c'était difficile pour elle de se rendre compte que j'ai mes moments faibles, j'ai aussi des négatives car je parais tellement forte et combative à l'extérieur qu'on ne peut imaginer qu'il m'arrive de péter des câbles ou de baisser les bras. Je lui expliqué une conversation que j'avais eu avec Maître lorsque qu'il me fit prendre conscience que je m'étais crée une carapace. C'est là qu'elle s'est aperçue que j'avais pas mal souffert et que j'avais réussi à ne pas sombrer en me renforçant ainsi. Cela m'a permise aussi de pouvoir m'ouvrir et de faire face (plus ou moins) aux obstacles que j'avais rencontré.
J'ai pris conscience en pensant à ça que j'avais encore cette fameuse carapace que je m'en sers comme protection mais que tant que je penserais ainsi j'aurais du mal à assumer mon statut à l'extérieur...
Je passais le trois quarts de ma soirée en compagnie de Maître, au micro via la messagerie instantanée. Je lui en veux toujours d'avoir été aussi loin de la sanction, surtout dans la continuité. Je suis quelqu'un qui fonctionne beaucoup psychologiquement et rien que de savoir que j'avais été trop loin et déçu Maître c'est déjà énorme pour moi. Moi même je ne me le pardonnerais pas mais ça il ne le tient pas en compte. Pour lui, c'est à moi d'assumer jusqu'au bout mon erreur. Au fond, je sais très bien qu'il a raison et je sais très bien comment il fonctionne : qu'il allait tout faire pour me faire rappeler doucement mais sûrement l'erreur effectuée pour éviter qu'elle se renouvelle.
Malgré ma rancune, j'ai fait pas mal d'effort envers Maître. J'ai tenté au mieux de rester à ma place et de mettre ma mauvaise foi et ma colère de côté car je sais que cela le fait souffrir et je déteste de le savoir ainsi même s'il n'en dit rien. Je sais très bien, comme il peut me le répéter, qu'il déteste me punir, qu'il préférerait l'éviter mais qu'il ne peut pas se permettre de laisser passer connaissant son intransigeance, que cela était nécessaire. Je le conçois très bien mais pour lui cela doit être encore plus difficile de devoir punir sa soumise mais aussi sa fiancée, en dehors du sadisme, de la sentir souffrir mais de laisser faire les choses pour que la leçon rentre bien. La bonne humeur de cette journée m'aida beaucoup aussi à prendre sur moi.

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